Avant d’être entraîneur et coordinatrice, j’ai été élève et sportive au lycée de Font-Romeu. Je débarquais de la Réunion, et j’avais tout à apprendre en lutte. Forcément, ça n’a pas toujours été facile, mais une chose est sure, c’est que j’étais persuadée de vivre une expérience de dingue. Mon rêve de gamine de faire un « sport-étude » prenait forme, et j’appréciais tous les moments.
Mon projet de reprendre les rênes du Pôle s’est alors nettement dessiné. Je suis partie à l’INSEP pour poursuivre ma carrière de lutteuse en équipe de France. Et j’ai passé mon concours de prof de sport. Après un an en Normandie, j’ai pu obtenir le poste de coordinatrice du pôle de Font-Romeu.
J’étais jeune (21 ans), femme, et non médaillée olympique. Trois handicaps notoires au sein de ma fédération.... Mais j’étais persuadée que par le travail, je pouvais faire changer les aprioris. Alors j’ai donné beaucoup de mon temps au Pôle, aux gamins. Le travail au Pôle, ce n’est pas juste faire progresser les jeunes dans leur sport, les casquettes sont multiples : on est entraîneur, préparateur physique, infirmière, kiné, taxi, psychologue, agence de voyage low-cost, journaliste, comptable, maman, etc. La charge de travail énorme, vraiment.
J’ai aimé beaucoup de choses, mais surtout le côté humain. J’ai aimé :
Voir la joie sur le visage d’un gamin quand il gagne un match accroché
Découvrir leur musique dans le minibus (bien que j’aie toujours gardé mon droit de veto)
Les voir se dépasser au Carlit (et en baver moi-même)
Arriver dans une salle de compétition avec « mon équipe » et imposer notre présence
Faire découvrir la montagne
Rigoler à leur blague d’ado
Leur mettre des bascules et des pistolettes
Les voir grandir, devenir adultes
Les engueuler, mais sans monter la voix
Les rassurer, les accompagner dans les moments difficiles
Les chambrer gentiment
Sentir que ma parole a une importance pour eux
Partager leur excitation
Jouer avec eux
Les accompagner mais sans jamais me rendre indispensable
Et encore beaucoup d'autres moments...
Je n’ai pas aimé… Pas mal d’autres choses, mais je ne crois pas que ce soit le moment d’un tel bilan, je préfère rester sur du positif, car je ne pars pas fâchée avec personne.
Durant toutes ces années, ma ligne de conduite a été de former d’abord des citoyens et des citoyennes, puis des sportifs avec les valeurs les plus nobles qu’on puisse attribuer au sport, et enfin des lutteuses et des lutteurs performants. J’ai toujours tenu à leur faire vivre une expérience forte, comme ce que moi j’avais vécu auparavant.
Alors pourquoi partir ? Plusieurs raisons :
Le sentiment de devoir changer professionnellement pour se lancer de nouveaux challenges et ne pas tomber dans une routine délétère.
Aller voir ailleurs, pour grandir encore humainement et professionnellement.
Et surtout, je réponds à une demande familiale de trouver un rythme de vie plus souple. Il y a 9 ans, j’ai eu une fille. Il serait temps de lui donner la priorité de mon attention.
Alors, un grand merci. Merci :
À Jean-Pascal Henrion, qui m’a fait découvrir la lutte et m’a toujours suivie et soutenue.
À ceux qui qui ont partagé mon quotidien et supporté ma psychorigidité qui n’est pas une légende… Kévin Dollat, Sélim Jacquemin, David Leprince, Maxime Fiquet, Lilou Dupinay, Camille Fontaine.
Merci à l’ensemble de la communauté éducative qui est là pour soutenir et faire avancer nos jeunes.
Merci à l’ensemble du personnel CREPS et lycée. J’ai connu un temps où il n’y avait pas de distinction de fonctionnement entre ces deux entités. Les gamins étaient des sportifs, qu’ils soient en section ou en pôle. C’était bien…
Merci aux collègues entraîneurs avec lesquels les échanges sont toujours riches.
Merci à ceux qui m’ont appris : Benoît Schuller (ancien entraîneur du Pôle), Nicolas Bourrel (préparateur physique), Pierre Parent. Merci à Pierre, mon mari, qui fut l’entraîneur du pôle avant moi. Il m’a tout transmis. Il a su aussi être patient et s’occuper de notre fille bien plus que moi, prise davantage par mes autres gamins. Son charisme m’inspire encore dans la stature professionnelle que ce poste exige. J’ai souvent tenté de lui ressembler.
Alors, aujourd’hui, quand je vois que Lilou me ressemble tant, je me dis que la ligne de conduite des entraîneurs de la lutte à Font-Romeu est pérennisée... et qu’en quelque sorte, les graines ont germé.
Pour finir, je vais me permettre de donner quelques conseils. Il faut bien que 15 ans d’expérience soient au bénéfice de tous.
Aux lutteurs : profitez de chaque instant ! Ce que vous vivez est unique.
Aux profs : votre force est d’élever des gamins, et votre plus beau défi est de faire grandir ces jeunes qui ne sont pas des bisounours, mais qui méritent tout votre savoir-faire pédagogique. En lutte on dit "point de gloire à vaincre sans péril". Il en va de même pour l’éducation que vous leur portez.
Aux entraîneurs : sachez vous préserver. La passion doit rester une force de vie, pas un boulet.
À Maxime, Lilou et Patrick qui reprennent le Pôle : Éclatez-vous, restez toujours justes et exemplaires.
Enfin rappelez-vous bien d’une chose les jeunes : on n’a jamais été aussi proche de la fin !
Dernière compétition de l'année avant quelques jours de vacances bien mérités. Nous nous rendons à Barcelone pour le tournoi de Sant Adria "High School Wrestling". Ici pas de classement, on arrange les catégories pour que tous le monde ait plusieurs matchs. Brefs, c'est parfais comme tournoi de préparation pour progresser sans avoir de pression.
Voir le site de la compétition (résultats et vidéos).
Ce samedi 13 décembre, nous nous sommes rendus à Burlada. Le club @clubdeluchaburlada organisait son traditionnel tournoi international. Une équipe réduite, touchée par une épidémie de grippe, a fait le déplacement. Tayron gagne le tournoi, Anaïs et Shazel se classe 2eme et Zoé termine 3eme. De bon augure avant le tournoi de Barcelone ce week-end.
Les lutteuses de l'équipe de France sénior et junior sont en stage à Font-Romeu pour 10 jours. Elles sont venues faire des globules rouges et enchaînent les séances de natation, ski de fond, course à pied et circuit training en hypoxie. Pour notre plus grand bonheur elles partagent également les séances de lutte avec le Pôle. La quasi-totalité des séniors sont des "anciennes passées par Font-Romeu". Nous espérons que ce stage participe à leurs futures performances !!